1. Tant sont allés, tant sont venus
Que sur le soir se sont perdus
Ils sont allés chez le boucher
Boucher voudrais-tu nous loger ?
2. Ils n’étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués
Les a coupés en p’tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux.
3. Saint-Nicolas au bout d’sept ans
Vint à passer dedans ce champ
Alla frapper chez le boucher
Boucher, voudrais-tu me loger ?
4. Entrez, entrez Saint Nicolas
Il y a d’ la place, il n’en manque pas.
Il n’était pas sitôt entré
Qu’il a demandé à souper.
5. Du p’tit salé, je veux avoir
Qu’il y a sept ans qu’est dans l’saloir.
Quand le boucher entendit ça
Hors de la porte, il s’enfuya.
6. Boucher, boucher, ne t’enfuis pas
Repens-toi, Dieu te pardonn’ra.
Saint Nicolas alla s’asseoir
Dessus le bord de ce saloir.
7. Petits enfants qui dormez là
Je suis le grand Saint-Nicolas
Et le Saint étendant trois doigts
Les petits se lèvent tous les trois.
8. Le premier dit : "j’ai bien dormi"
Le second dit : " et moi aussi "
Et le troisième répondit :
"Je me croyais au Paradis ".
Désir de peindre
" Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair : c'est une explosion dans les ténèbres. Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l'a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d'une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l'herbe terrifiée! Dans son petit front habitent la volonté tenace et l'amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l'inconnu et l'impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d'une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d'une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique. Il y a des femmes qui inspirent l'envie de les vaincre et de jouir d'elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard. "
Charles Baudelaire
Charles Baudelaire
